PLAN DU SM MUSEUM
EXPO | REZ-DE-CHAUSSÉE

SVAY SARETH
1. Crier et se taire
Dans Yell and Silence, Svay Sareth se penche sur son propre portrait d'enfant de 13 ans ayant grandi dans un camp de réfugiés après la guerre civile au Cambodge. Le personnage, vêtu d'une tenue de camouflage, tient un délicat nénuphar, une fleur profondément ancrée dans la mémoire culturelle cambodgienne. Cette juxtaposition incarne la tension entre la violence et la fragilité, entre les cicatrices de la guerre et l'aspiration à la paix. Le camouflage qui recouvre le corps rappelle une enfance marquée par le conflit, la perte et le déplacement. Pourtant, le geste d'offrir un nénuphar évoque à la fois l'innocence et la résilience. Pour Sareth, la fleur devient le symbole d'un cri - une protestation contre la violence qui lui a volé son enfance et ses rêves - et en même temps, une offrande de silence : un cadeau de paix rapporté à sa mère en échange de la liberté. Cet acte intime a marqué le début de sa compréhension de ce que la liberté signifie vraiment. Yell and Silence est donc à la fois un témoignage personnel et une déclaration universelle, transformant les souvenirs de la guerre en un appel à la paix, à la guérison et à la préservation de la dignité humaine..
2. TOURNESOL ASURA
À Siem Reap, une figure mythologique khmère prend forme dans un tissu de camouflage rempli de kapok. L'Asura, mi-dieu, mi-démon, incarne ici les conflits internes et collectifs. Par le choix des matériaux, Svay Sareth suggère que les batailles les plus importantes naissent parfois d'un silence pesant et d'un dialogue rompu.
3. LA COURONNE DE CHILI

Une couronne colorée et épicée composée de piment, de bois et de métal. Symbole de puissance et de brûlure, elle prolonge la réflexion sur le silence forcé, le feu intérieur et la tension entre l'expression retenue et la flamboyance contrôlée..
4. DEVA D'OR

A Siem Reap, une figure divine contemporaine prend forme dans le tissu militaire et la bourre de kapok. Ce Deva, divinité bienveillante de la tradition khmère, est ici drapé dans la mémoire de la guerre et du silence. Par la douceur des formes et la rugosité des matériaux, Svay confronte grâce et tension, transcendance et poids de l'histoire.
5. LES PILIERS 01 DE L'ANNÉE ZÉRO

Présentée au SM Art Center de Siem Reap, cette pièce initie un travail de mémoire autour de “l'année zéro”, terme rendu célèbre par les écrits de François Ponchaud. Elle évoque subtilement les frappes extérieures qui ont conduit le pays au chaos. Une manière sobre de s'interroger sur les causes invisibles, souvent lointaines, de l'effondrement intérieur. Ces piliers ne marquent pas un début, mais une rupture, une cassure dans la continuité historique.
6. ADIEUX D170 | MARDI

Alors qu'il poursuit ses études à l'école d'art de Caen, Svay met en scène un adieu intime : une performance silencieuse centrée sur le corps, le mouvement et la séparation, dans laquelle le personnage principal utilise Mardi, un bateau sculpté que l'artiste a lui-même fabriqué en Normandie à partir de bois de récupération. Poussé vers la mer, Mardi devient un acte volontaire, simple et puissant, une manière de renouer avec l'élan du départ et l'idée de liberté intérieure.
7. GET OUT NEW YORK

À New York, soi-disant “terre de liberté”, Svay a tenté une performance centrée sur l'émancipation, mais il a été stoppé dans son élan en moins de trois minutes. Une action brève et marquante qui révèle les paradoxes d'une liberté contrôlée..
2013-Projet en cours
8. SÉRIE SM WARNING HOUSE

Enracinée dans l'expérience précaire de la vie de réfugié, la série SM Warning House incarne un acte de résistance profondément intime et instinctif. Construite à partir de matériaux récupérés et recyclés, chaque structure devient un abri fragile mais intentionnel, une réponse directe aux systèmes de contrôle et aux environnements hostiles. Tout a commencé en 2013 à New York, lorsque Svay a découvert une caméra de surveillance dans son studio. Perturbé par cette intrusion, il construit un abri de fortune en utilisant ce qui lui tombe sous la main, récupérant ainsi symboliquement sa vie privée. Ce geste inaugural est à l'origine d'une série de constructions disséminées à travers le monde. En 2024, Warning House #7 est installée au SM Art Center de Siem Reap. Elle reflète l'habitat précaire des camps de réfugiés où Svay a vécu pendant treize ans. Abri à la fois ouvert et transitoire, il incarne une mémoire vivante de l'instabilité et de l'adaptation, réaffirmant une forme de liberté ancrée dans l'instinct de survie et la dignité retrouvée..
Série Installations de la MAISON D'AVERTISSEMENT :
* Warning House #1 - 2013, New York, États-Unis
* Warning House #2 - 2013, Musée d'art de Gwangju, Corée du Sud
* Warning House #3 - 2015, ZKM, Karlsruhe, Allemagne
* Warning House #4 - 2016, lauréat du prix du meilleur artiste émergent lors de l'exposition Prudential Eye Awards, ArtScience Museum, Singapour.
* Warning House #5 - 2017, France
* Warning House #6 - 2017, Batia Sarem Gallery, Siem Reap, Cambodge
* Warning House #7 - 2024, SM Art Center, Siem Reap, Cambodge
9. RENAÎTRE DE SES CENDRES

Cette œuvre cathartique met en lumière une confrontation fondamentale : celle de la destruction et de la vie. Une fleur éclatante émerge d'un lit de cendres et de charbon, dans un paysage marqué par le feu et la ruine. Dans ce décor brûlé, elle pousse littéralement sur la tombe de la violence. Les fleurs s'affirment avec des couleurs audacieuses, vives, presque insolentes. Elles défient la noirceur du sol, réponse lumineuse à la matière brûlée. Cette dernière, réduite à la poussière et au silence, n'est plus qu'une base sombre, un arrière-plan éclipsé par l'éclat triomphant des fleurs qui, en étendant leurs racines et leurs pétales, recouvrent les cendres et réaffirment la souveraineté de la vie. Symboles d'espoir, de résilience, de survie, mais aussi de fierté et de renouveau, les fleurs deviennent un manifeste. Ces fleurs sont aussi devenues des médicaments pour soigner les blessures, elles les transcendent. Elles ne se cachent pas dans la douleur, elles en sortent affirmées, vivantes, irréductibles. Svay Sareth insuffle à cette œuvre une force tranquille, organique, indomptable. Ici, la résilience n'est pas silencieuse, elle est radieuse, féconde, toujours victorieuse. Une réponse artistique qui déclare qu'après le feu, la beauté peut renaître, droite et sans entrave. Et que la vie, inévitablement, trouve toujours un moyen de reprendre racine.
10. LES DERNIERS PILIERS DE L'ANNÉE ZÉRO

Derniers témoins d'un cycle brisé, ces piliers portent le silence d'une nation ébranlée par des décisions prises ailleurs. Dans leur verticalité figée, ils invitent à la réflexion sur ce qui, sans bruit immédiat, laisse des traces profondes. Inscrits dans leur environnement naturel, là où la nature reprend ses droits, ils suggèrent une lente transition vers l'après, une présence silencieuse et stable, suspendue entre mémoire et renouveau..
11. BOUCLIER | OPÉRATION BOUCLIER

A Caen, Svay Sareth a conçu un “bouclier” comme une extension du corps en résistance. Il explore son usure, ses cicatrices, ses empreintes, autant de signes visibles d'une lutte intérieure. De Caen à Paris, soit environ 300 km à vélo, il met en mouvement le bouclier dans une performance de confrontation introspective. Toujours en France, dans ce thème de la tension corporelle et de l'endurance, la performance devient un rituel de résistance. Par le mouvement, l'usure laisse des traces physiques et mentales, comme autant de marques d'une mémoire en construction.
12. PIEU OU BROCHETTE

Cette sculpture murale, construite à partir de poteaux de bambou et de dix-sept sandales en caoutchouc, symbolise le passage du temps et l'endurance personnelle. Chaque sandale en caoutchouc représente une année que l'artiste Svay Sareth a passée dans un camp de réfugiés, marquant ainsi son parcours d'introspection et de résilience. À travers cette œuvre, l'artiste transforme des matériaux ordinaires en symboles profonds de la mémoire, évoquant l'histoire sombre et douloureuse du Cambodge. L'œuvre est un rappel poignant des souffrances passées et un appel à veiller à ce qu'une telle tragédie ne se répète jamais.
I, SVAY SARETH, EAT RUBBER SANDAL
Un mode de vie rural, face à l'objectif, Svay Sareth mange une paire de sandales artisanales fabriquées à partir de pneus usagés, modèle emblématique de l'époque des Khmers rouges. Par ce geste radical, l'artiste convoque à la fois son histoire personnelle et la mémoire collective d'un régime marqué par la violence, la doctrine et la dépossession. En ingérant cet objet chargé de symboles, Svay transforme l'endurance en confrontation, la soumission en provocation et l'héritage en questionnement ouvert. Une performance aussi physique que mentale, où le passé s'incarne et s'avale.
13. MON BOULET

Svay Sareth entreprend une performance symbolique et physique pendant sept jours. Il traîne une lourde boule de métal de 80 kg sur plus de 300 kilomètres, entre Siem Reap et Phnom Penh. Cet acte d'endurance devient un pont entre l'ancienne capitale sacrée d'Angkor et la capitale moderne en mouvement. La performance symbolise le traumatisme historique non résolu du Cambodge, le poids de la mémoire personnelle et collective, et les références au travail forcé des Khmers rouges.
14. MANGER

Installée au Cambodge, cette œuvre immersive explore la façon dont le simple fait de manger est nommé différemment selon le statut social. À travers cette variété de termes, Svay met en évidence un langage qui catégorise, classe et isole. Une critique acerbe d'un verbe qui donne la priorité à la définition de la position plutôt qu'à l'alimentation de la collectivité..
15. AU-DELÀ DU TOURNESOL

Derrière le masque, un visage qui cache la lumière, un sourire personnel qui s'efforce de se tourner vers la clarté. Dans cette performance vidéo, l'artiste Svay Sareth expérimente le fait de devenir une fleur de soleil, un acte de résilience et de grâce, tout en essayant de plaire au regard des autres sous le poids d'une observation constante. Pourtant, derrière la lumière éblouissante, le masque qui dissimule son vrai visage devient aussi une barrière étouffante. Ce qui n'est au départ qu'un jeu se transforme en une stratégie de survie et d'expression artistique, une recherche permanente de l'existence au sein de sa propre identité. Se rendant compte qu'il a travesti la réalité, l'artiste finit par enlever le masque et suit le son de sa voix intérieure. Cet acte devient son seul chemin possible, lui permettant enfin de respirer librement, libéré et sincère dans son voyage permanent de redécouverte de soi et de fidélité à son identité culturelle..
PLAN DU SM MUSEUM
Premier et deuxième étage

YIM MALINE
1. DINETTE

Un ensemble de jeux émotionnels de Yim Maline est dispersé sur des fragments de poussière dont l'origine reste incertaine. Pourtant, ils apparaissent comme des ombres - émergeant parfois des empreintes digitales de l'artiste - qui se transforment progressivement en formes délicates et obsédantes, empreintes d'une violence et d'une menace sous-jacentes.
Les couteaux en céramique, apparemment inoffensifs, incarnent une tension invisible. Disposés avec une précision délibérée, ils reflètent la menace cachée et la fragilité de l'enfance, perturbée et déplacée par les turbulences historiques. Ce qui peut sembler être de simples gestes quotidiens sont en fait les rituels solitaires de l'artiste. Dans cette répétition tranquille se cache une tendresse fragile, incertaine et vacillante, en équilibre précaire entre le jeu et la confrontation..
2. DÉCOMPOSITION

Ce qui peut sembler fragile ne disparaît jamais vraiment, mais se transforme dans sa forme et son essence. Progressivement et délicatement, les lignes se dissolvent, les fragments s'estompent et ce qui reste se transforme en traces plus petites et parallèles. Le temps joue son rôle comme un doux ruisseau, s'écoulant avec une persistance tranquille. Chaque marque apparaît comme un acte d'abandon, mais le processus ne s'achève jamais vraiment. L'œuvre continue d'évoluer, s'orientant vers un état de calme et de résilience tranquille.
3. MICRO-ORGANIQUE

Des traces subtiles émergent comme de tendres pousses perçant à travers des matériaux usés et altérés. Ces présences délicates clignotent doucement, patientes, résistantes et pleines de vie. Leurs gestes invitent à la contemplation, manifestant une présence par une observation attentive. Les formes cachées se révèlent progressivement, fragiles mais émouvantes, évoquant la persistance de la mémoire qui résiste à l'effacement et à la destruction..
4. RETOUR AUX ÉTATS-UNIS

L'atmosphère semble dense et remplie de particules flottantes et dérivantes. Ces formes délicates réagissent au souffle, à la chaleur et à la tension invisible. Sous l'influence de l'émotion et de la pluie, certaines apparaissent vives tandis que d'autres s'épaississent, se tachent et se troublent. Telles des eaux chargées de résidus en suspension, elles reflètent les traces écologiques et les empreintes des actions humaines. L'artiste affine l'œuvre au fil du temps, la façonnant par l'acte de la couture - un processus intime de création de formes. Le spectateur est invité à pénétrer dans un royaume de beauté spirituelle, où l'intangible devient tactile, une rencontre sensorielle qui suscite l'émotion. Il ne s'agit pas d'un souvenir, mais d'un retour à la profondeur, à quelque chose de significatif, qui résonne et qui est ouvert à l'interprétation..
5. EXPLOSER

L'œuvre “Explosion” illustre le concept de destruction et de renaissance, où la forme, l'énergie et l'émotion convergent en une force singulière et tranquille. Grâce à la technique du dessin au fusain, l'artiste crée un sentiment de tension et de contrôle interne. Le point central, étroitement lié, se fracture en lumière, symbolisant la vie sur le point de passer de l'obscurité à l'illumination. “Explosion” n'est pas une représentation d'une explosion réelle, mais plutôt une interprétation de l'énergie intérieure de la vie, émergeant du silence et de la contemplation. À travers cette œuvre, l'artiste transforme le mouvement méticuleux et les émotions du dessin au fusain en un souffle de vie, incarnant la patience et la puissance de l'existence qui naît du vide..
6. UN LIEU, UNE HISTOIRE

Cette installation verticale s'élève comme des bâtiments imposants : la lumière filtre à travers des espaces fracturés, cascadant comme sur des surfaces qui portaient autrefois la tension et l'intensité, aujourd'hui adoucies par la chaleur. Chaque panneau de tissu, chaque fibre délicate, contribue à des interactions en couches, comme s'il s'agissait de raconter la mémoire d'un lieu qui n'est jamais complètement fixé - un témoignage oculaire de l'impact culturel et des structures oubliées depuis longtemps. Il ne s'agit pas d'une histoire singulière, mais d'un récit tissé, entrelaçant le passé et peut-être l'avenir, en particulier lorsque le présent n'offre pas de forme définitive. L'œuvre ne représente aucune figure individuelle ; elle préserve plutôt les moments interstitiels créés par la présence humaine. Certaines couleurs sont calmes, d'autres vibrantes, voire concurrentes. Yim Malin assemble ces matériaux de rebut avec soin - ouvert, méticuleux et délibéré - créant un espace où les difficultés et les joies coexistent, un royaume d'attraction et de transformation, où la matière et la mémoire convergent.
7. ESTHÉTIQUE ARTIFICIELLE

De multiples pièces de tissu, chacune dans des teintes variées, s'écoulent dans l'espace en se pliant, en s'enroulant, en s'entrelaçant et en se déplaçant selon des courants qui semblent ne pas avoir de fin fixe. Cet arrangement évoque le paysage d'un ravin boisé : imaginé mais ancré dans une référence claire. Pendant plus de cinq ans, l'artiste Yim Malin a rassemblé des matériaux usés, usés par le temps, chaque panneau portant les traces d'une utilisation passée. Les textiles effilochés se voient accorder une seconde vie : ils ne sont pas effacés, mais transformés, remodelés et préservés sous de nouvelles formes. Cousus à la main et soigneusement composés, ces tissus créent une sérénité harmonieuse et tactile. L'œuvre ne s'achève jamais vraiment, elle respire, évolue et continue à vivre. Dans ce continuum, aucune partie ne s'arrête jamais. Tout existe dans un processus de devenir, ce qui soulève la question suivante : comment et quand peut-on considérer qu'il est complet ?
8. PERSONNE POUR S'OCCUPER

Un moment en suspens. Pas de protecteur, pas de geste retourné. La composition se déploie comme une bruine tranquille : régulière, irrésolue. Les ombres s'étirent comme des intentions oubliées. Ce qui persiste n'est pas le vide, mais l'empreinte d'un soin jamais reçu. Elle attend, immobile, quelque chose qui lui a été longtemps refusé.
9. AVEC BIEN-ÊTRE

Le bien-être y est incertain. Les lignes de crayon flottent et se chevauchent, tenant à peine en place. Chaque trait n'évoque pas la paix, mais un délicat exercice d'équilibre, un effort continu pour rester debout. Le dessin bourdonne doucement, révélant un terrain émotionnel au bord de l'effondrement.
10. AVOIR UN ESPACE VIDE

Ce vide a un poids. Ce n'est pas un vide, mais un seuil. Une surface chargée de potentiel. Maline laisse des zones intactes, leur permettant de résonner. Ce qui semble manquer peut en fait arriver. Ce n'est pas une perte, mais le silence qui précède l'émergence.
